chronique du concert d’Erik Aliana et Picket – Antiquarks à l’anticlub du cirque électrique, le 13 Mars à Paris

chronique par Béryl Stein

Dans une petite salle intimiste, chaleureusement accueillie par les organisateurs,  j’ai écouté, en tant que membre de l’association ethnomusiKa, le concert de E. Aliana et Picket puis d’ Antiquarks, deux groupes de tendances différentes mais associant largement les musiques du monde et leurs instruments à leur pratique musicale.

Les deux musiciens d’ Afrique équatoriale,  forment un duo raffiné  et leurs voix sont pures et hautes.
Le terme d’ élégance poétique utilisé par un F. Kokelaere, critique musicale, leur va bien. Erick évoque les chants des femmes de son village campagnard. Il a une délicatesse et un charme qui suscitent en nous un envol gracieux et joyeux de l’âme, comme un chant léger de plusieurs oiseaux, réunis dans le même arbre séculaire de son Cameroun natal.

Son partenaire est bassiste et ami joue et chante avec lui depuis quinze ans, en parfaite harmonie et leurs vocalises sont émouvantes et tendres. C’est un peu, un appel à un chef chamane, un guérisseur pygmée qui nous ferait entonner à nous, spectateurs unis dans cette petite salle obscure et chaleureuse de l’anti-club, un hymne respectueux à des cultures ancestrales peut être moins barbares que celles d’aujourd’hui dans notre monde contemporain très pressé et dans le survol de la communication, des émotions, de l’être-ensemble.

L’ Afrique Centrale occidentale apparaît sur fond de polyrithmie et de chants pygmés bikutsi renouvelés par cet auteur-compositeur qui y mêle des sonorités jazz, funk, en une douce énergie musicale… Les vibrations sonores sont chatoyantes, la polyphonie enchanteresse, les arrangements complexes, donnant pourtant une sensation  de simplicité, un sentiment d’ apaisement, bienfaisants.

Antiquarks au contraire, est un groupe de music Word datant de 2005 de plusieurs musiciens qui jouent de divers instruments traditionnels et hétéroclites du monde entier, associés à des instruments électroniques contemporains. Ils combinent des inspirations folkloriques européennes, du sud-ouest entre autres avec une ambiance fanfare des pays de l’Est à une musique que l’on pourrait qualifier d’internationale, altermondialiste, qui invite à bouger le corps (KÔ), à danser. Sébastien Tron et sa vielle, Richard Monségu, tous les musiciens chantent en arabe, créole, espagnol et français. R. Monségu à inventer une langue, le « gluon » qui accentue le côté à la fois traditionnel et « interterrestre » de leur musique.

Le groupe reprends à son compte cette phrase de P. Bourdieu :  « L’utopisme  rationnel est capable de jouer de la connaissance du probable pour faire advenir le possible ».

Il y a reconnaissance du corps qui peut s’exprimer sans mots mais avec des sons, à la recherche d’une spiritualité sans dieux. On peut parler d’explorations musicales « improbables », sur terre et dans l’imaginaire. Tous débordent d’enthousiasme et sont farfelus en gambergeant et digressant à qui mieux mieux dans ces sonorités et langues étrangères. Le sensible se mélange avec l’intelligible comme avec Aliana et Picket.

Nous nous dirigeons tous vers des « Ailleurs possibles ». Cela crée une tension pleine d’allant, de fraicheur, de gaieté qui donne envie d’aller les rejoindre sur scène!

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